Music par Antony Milanesi 04.06.2016

Metronomy : « Je me sens hyper relax grâce à cet album »

Metronomy : « Je me sens hyper relax grâce à cet album »

 Summer 08, le cinquième album de Joseph Mount sort le 1er juillet.

C’est toujours la même chose avec ces gens qui ont l’air de mener une vie ultra-tranquille, peinard, pépouze  : on en garde un souvenir ultra-précis, ultra-apaisant. Joseph Mount de Metronomy est de ceux-là. Du genre à garder le smile lorsqu’il est très à la bourre pour son interview parce que son gosse est malade, pas une once de stresse dans le visage… en trois mots : il est relax. Et son cinquième album Summer 08 qui sort le 1er juillet y est pour quelque chose.

metrononmy

On est en plein Barbès à Paname, pas hyper loin de là où il habite depuis 5 ans avec sa femme, une Française. Cinq ans ? Et tu ne parles toujours pas français ? « Si ! Mais hier à Berlin par exemple, j’ai dis un truc super simple à quelqu’un de Because (son label frenchy, ndlr) et il n’a rien compris. Alors imagine pour une interview ». Aujourd’hui Joe a mis une veste de survêt Adidas rouge-cadillac et ça fait tout son style. Comme cette foutue basse hyper-reconnaissable qui fait quasiment tout le style de Metronomy. « Ah bon ? Il se marre. Je n’ai jamais vraiment réfléchis à ce que je fais avec le son de la basse . A l’origine Je jouais de la batterie. Lorsque j’ai joué avec Gabriel (Stebbing, premier bassiste qui a quitté la formation depuis) c’était le premier bassiste que je rencontrais. La base rythmique entre la basse et la batterie était vraiment impressionnante. J’ai trouvé que c’était le truc le plus cool de la chanson. J’ai aimé cette façon simple de jouer, cette idée de garder une mélodie de basse qui stabilise la chanson ».

« Parler de tout ce qui se passait à Londres et que j’ai raté »

Un trick qui rend le processus créatif de Metronomy ultra rapide. Summer 08 : un 10 titres à deux étages. Excitant et introspectif, calme et dansant. Un paradoxe continuel qu’il a catapulté en légèrement plus de 2 mois de studio. En tout : 2 semaines de gros boulot puis 6 autres pour ajouter, régler, inverser et verrouiller. Efficace ? Oui mais non. En vrai, Summer 08 traîne dans la tête de Joseph depuis des lustres, depuis l’après Nights Out (2008), l’album qui a tout changé. « L’idée de départ de l’album c’était de parler de cette première année où l’on est parti en tournée, de tout ce qui se passait à Londres et que j’ai raté ». « Pas mal de bouts morceaux étaient déjà enregistrés depuis longtemps, et puis lorsque je n’étais pas en studio, j’y réfléchissais constamment, je prenais des notes. » Une composition hachée, donc, dont il est venu à bout après en dealant avec ses responsabilités. « J’avançais beaucoup plus vite lorsque je n’avais pas à me soucier de ma vie de famille. J’étais coupé de tout ça, et ça faisait du bien. Heureusement ma femme le comprend bien, j’ai beaucoup de chance ».

« Metronomy ne va pas disparaître, j’y vais à fond »

Joseph Mount à du bol et il le sait. « Si j’avais composé cet album dés 2009, ça aurait donné un album très mélancolique. Au début j’étais très soucieux, jaloux à propos du groupe, des autres membres, inquiet de la renommée… Le faire 8 ans après m’a permis d’avoir un chouette recul sur tout ça. Maintenant je sais que les gens nous aiment et tout se passe super bien, Je me sens hyper relax grâce à cet album. Un vrai exercice de relaxation. Aujourd’hui je ne compose plus pour que ça marche. Je me dis, « ok, Metronomy ne va pas disparaître », j’y vais à fond ».

Le streaming : « On va trouver une solution »

De quoi faire tiquer tous les petits, les nouveaux artistes qui galèrent parce qu’il est devenu quasi-impossible de vivre comme un artiste. La faute au streaming. Mais là-dessus aussi, Joseph se montre relax. « Entrer en studio et enregistrer, ça coûte énormément d’argent et ça a toujours été le cas. Maintenant pour faire ‘revenir’ cet argent, les ventes d’albums ça ne marche plus. La valeur de la musique a fondu avec le streaming. Il y a toujours les tournées, mais ça ne concerne pas tous ceux qui doivent se faire une place. Comme le streaming ne répond pas comme il faut au problème, ça ne peut pas continuer comme ça. Donc il va forcément falloir que ça change et c’est pour ça que je me dis que ça ne peut que finir par se régler. On va trouver une solution ».

La tentative Christine and the Queens

On lui glisse que du coup, il pourrait au moins faire un remix d’un artiste inconnu, histoire l’amener à la fame, lui sauver la life ? « Pourquoi pas ! ». Et tant qu’à faire, Joseph, monte un label ! « Non, même les gros ont du mal ». Il glisse que sur Spotify, il ne sais même plus quoi écouter de toute façon. Ce qui ne l’empêche pas de rester à la page, de faire en sorte que son idole des Beastie Boys Mix Master Mike vienne scratcher sur « Old Skool », de s’acoquiner avec Melody Porchet de Melody’s Echo Chambers. « Nous avions commencé à enregistrer ensemble il y a des mois à Paris pour son propre album. Et puis finalement je lui ai demandé si je pouvais garder toute une partie pour moi (rires) ». Et puis il y a eu cette tentative folle : Joseph a voulu s’accaparer les talents d’Héloïse Letissier, oui, la chanteuse-performeuse de Christine and the Queens. « Sur ‘Hang Me Out To Dry’ je chantais super aiguës, mais ça ressemblait à une voix de femme un peu folle. Du coup je me suis dit que je ferai mieux de faire chanter une vraie femme » « J’ai demandé à Heloise,mais elle a refusé. Too busy »… Il pense alors à Charlie XCX, mais c’est finalement sa pote la chanteuse electro-pop Robyn qu’y s’y collera. Ça rend pop, ça rend top.

Solo forever

Les collaborations, c’est bien, mais Metronomy est et restera un projet solo cadenassé au cerveau de Joseph Mount. Certes Joe a bossé avec pas mal de monde, Victor de House de Racket par exemple et bien sûr Oscar Cash le clavier charismatique et historique de Metronomy. Mais de là à former un groupe… « Tu peux me dire quel groupe collabore pour de vrai ? Sur 5 membres peut-être qu’il y en a 2 qui composent vraiment, ensuite ça dépend des musiciens. Alors ça me dirait bien d’être en groupe pour un autre projet, mais pas pour Metronomy ».

Propos recueillis par Maxime Deshayes et Antony Milanesi