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Fakear : "Superpoze m'a appris à me servir d'un pad"

Fakear : "Superpoze m'a appris à me servir d'un pad"

Le Caennais parle de sa copine Jo comme l'âme de son tout nouvel album « Animal », et évoque son meilleur pote Gabriel alias Superpoze, Juliette de L.E.J., ou encore MIA.

Théo Le Vigoureux porte bien son nom, du moins si l'on en croit son débit de parole. Plus connu sous le pseudonyme de Fakear (contraction de « fake ear »), le Caennais raconte en a peine vingt minutes la conception de son album, la place centrale de sa copine, Jo, dans son processus de création, son amitié avec Superpoze et Juliette de L.E.J., l'avancée de son featuring avec MIA, and many more. Muni de son Pad, son ordinateur et confortablement assis dans un canapé moelleux, le grand brun longiligne au teint pâle se montre bavard et peu pudique lorsqu'il s'agit de discuter musique.

Le teasing à outrance

Un premier extrait en octobre, puis 5 autres avant la sortie, on se demandait presque si l'album Animal allait encore nous réserver des surprises. Entre les contre-temps et la stratégie de communication, Fakear s'explique : « L'album devait sortir en mars. Au début on voulait le teaser avec 'Animal', 'Silver' et un troisième extrait. Mais comme la sortie a été repoussée, on a révélé d'autres morceaux. Par exemple 'Sheer-khan' c'était un clin d'oeil à tous ceux qui avaient checké la vidéo du Mellotron. J'étais assez accroché à cette idée de sortir ce track. Je suis un peu têtu comme une mule ».

« Après coup, je me suis dit que l'album n'était peut-être pas assez fourni pour teaser autant. J'ai donc ajouté deux ou trois tracks. 6 extrais sur 17 titres, ça va au final. La première version n'en comptait que 12 ou 13, c'était un peu juste du coup » raconte le Caennais. On se doute qu'il n'est pas compliqué pour lui d'ajouter un morceau par-ci par-là, tant la bibliothèque de son logiciel Ableton grouille de projets. Un vivier tel que l'artiste lui-même oublie parfois ce qui se cache derrière cet amas de fichiers audio.

Un album « nouveau en tout points »

Ancien de Nowadays Records, Fakear a décidé de changer de maison de disque pour mieux répondre aux ambitions de son album : « On voulait essayer de taper un peu plus fort pour l'album, c'est pour ça qu'on est allé chercher Mercury et Ninja Tune. Ninja Tune ne sort plus que des projets d'artistes qui sont déjà sur le label depuis longtemps, mais les nouveaux venus arrivent sur Counter Records. En fait ce sont les mêmes équipes qui travaillent, c'est seulement le nom qui change. » justifie-t-il. Ce sont d'ailleurs ces maisons de disques qui ont insisté pour insérer le morceau « La Lune Rousse », déjà présent sur l'EP Sauvage, sur la tracklist de l'album. « Je n'y tenais pas particulièrement mais je n'étais pas contre. » relate Fakear à propos d'un de ses plus gros tubes.

Le producteur de 25 ans a également changé sa manière de composer : « Avant, pour mes EP, j'étalais la création sur un an, et je chopais les 6 meilleurs tracks parmi ceux que j'avais composé durant cette période. Pour Animal, j'ai tout fait en trois mois, et dès que je trouvais un filon, je le creusais pour en faire deux ou trois morceaux. Par exemple : 'red lines' et 'jonnhae', je les ai composées dans la même journée. Pareil pour 'Animal' et 'Lessons'. »

Ce chamboulement de son processus créatif n'est pas venu par hasard : « C'est vrai que ça fait un petit peu vitrine de vie privée mais ma copine Jo a réellement pesé dans la création de cet album. Sur certains morceaux c'est sa voix, je la sample souvent, comme sur 'La Belle Âme' par exemple. Elle chante un peu pour elle et j'aime bien sa voix. En fait, l'inspiration est venue lorsque j'ai rencontré ma copine. Avant ça,  je n'arrivais pas à le pondre cet album. Là j'étais en plein dans le petit moment de folie d'une l'histoire d'amour qui débute : j'ai pondu 12  tracks en 3  mois alors que j'étais en plein milieu de ma tournée. » Duck on Emojipedia

Le baroudeur musical

Avec sa musique de globe-trotteur, Fakear vous emmène dans des contrées si lointaines que lui même n'y a jamais mis les pieds : « je conçois un peu l'art à partir du voyage. Si une œuvre me fait voyager c'est qu'elle m'a touché. C'est dans ce but que je compose ma musique. Je ne suis jamais allé à Damas ou Ankara. C'est plus l'imaginaire que ces villes m'ont renvoyé, ou encore ce qui s'y passe en ce moment qui m'inspire ».

L'as du pad va donc puiser ses ressources dans des voyages imaginaires : « Walt Disney m'a vachement influencé, que ce soit le 'Livre de La Jungle', ou encore 'le Roi Lion'. Je suis né en 1991, c'est vraiment pile ma génération. Ça a vachement nourri mon imaginaire de l'Afrique. Dés qu'il y a des animaux qui parlent, je regarde. Il y aussi tous les Miyazaki, la culture nipponne et tout ça. ». Un Caennais définitivement pas fait pour rester cloîtré dans une métropole : « La Boiler Room, c'est vrai que c'est particulier, mais je l'ai pris comme un live comme un autre. Je me suis juste dit que ça allait être une soirée un peu originale mais en fait, c'est pas tellement mon délire les soirées parisiennes. Je préfère aller me poser sur les bords de Seine. »

Alors, à quand un morceau sur Caen ? Le natif du Calvados n'a pas l'air emballé : « ça fait longtemps que je n'y suis plus. Mon idée c'est surtout de faire voyager les gens dans des endroits qu'ils ne connaissent pas, et le Nord de la France c'est pas l'endroit qui m'inspire le plus aux monde. Je préfère aller m'aventurer hors du monde occidental. »

Mia, L.E.J. et Superpoze : les super potes de Fakear

En début d'année, MIA avait alpagué Fakear sur Twitter pour lui demander un beat. Le Français ne s'est pas fait prié : « J'ai déjà envoyé un track à Mia. J'ai eu un retour, elle a trouvé ça cool. Maintenant, la balle est dans son camp, je n'ai pas plus d'infos pour le moment. ». Dans cette affaire, à l'affut du buzz, le trio L.E.J. avait flairé le bon plan.

Mais cette tentative d'incruste de L.E.J. ne sort pas de nulle part. Fakear raconte : « Avec Juliette, on était dans la même classe en musicologie à la fac d'Evry. On délirait bien là-bas. Quand le projet Fakear a pris une dimension live, je me suis dit que ce serait trop chouette d'avoir un violoncelle avec moi du coup je lui ai proposé. L.E.J. a littéralement explosé pendant ma tournée de l'année dernière, du coup maintenant elle peut plus venir avec nous. On s'est dit qu'on ferait un truc ensemble mais elles ont beaucoup de projets sur le feu. Elles m'ont parlé de 'medley fakear', comme elles ont fait pour le hip-hop, j'ai trouvé l'idée super cool. »

Et Fakear a plus d'un pote hype : « Superpoze, enfin Gabriel c'est mon meilleur pote. On était au lycée ensemble, on a fait nos premières armes, c'est lui qui m'a montré comment se servir d'un pad. Mais on a pris des directions assez différentes musicalement. On continue à se voir, mais pas trop pour la musique ». Les deux best friends avaient déjà collaboré sur un projet, alors que Fakear portait encore le pseudonyme de Totem. Le résultat a pris la forme d'un EP qui a disparu, mais on a retrouvé cette petite douceur, sortie de derrière les fagots.